Champignons hallucinogènes

Mon voyage intérieur avec les champignons hallucinogènes

Le cadre de l’expérience

Je suis en Indonésie sur l’île de Sumatra, dans le petit village de Tuktuk sur les rives du lac Toba. Ce lac est situé dans le cratère d’un volcan géant formé il y a des millions d’années. Bien que la consommation de cannabis soit condamnée à la peine de mort en Indonésie, les champignons hallucinogènes sont très courants et font partie intégrante de la culture. Un peu comme le vin rouge en France.

Je voyage actuellement avec Marion, une autrichienne que j’ai rencontré un peu plus tôt. Nous avons pris l’habitude de manger tous les soirs dans un petit restaurant familial sur pilotis, construit en bois et en bambous. La mère cuisine, le père s’occupe des clients et leur petite fille de quelques années joue au milieu du restaurant.

Agus, le père de famille, nous raconte qu’avant de se marier et d’avoir sa petite fille, il prenait assez souvent des champis et marchait le soir autour du village de Tuktuk. Il nous dit que si on le souhaite, il est possible d’en manger ici dans son restaurant. Il faut juste le prévenir à l’avance, qu’il ait le temps d’aller en ramasser chez sa soeur dans les montagnes alentours. Le menu reste le même, il nous recommande l’omelette aux champignons, ou plutôt la « space omelette », cuisinée avec amour par sa femme.

L’expérience « sous champis »

C’est le soir, il fait déjà nuit, nous sommes dans le restaurant à discuter et à attendre « la montée ». À vrai dire je n’attends pas grand chose, car j’ai comme comparaison une expérience à Amsterdam, qui s’était révélée assez banale. Environ une heure plus tard, alors que j’observe une famille de hollandais dîner calmement à la table d’à côté, j’ai d’un coup l’impression d’être face à une scène de film.

Agus vient alors nous voir. Je n’arrive pas à voir son visage dans l’ombre lorsqu’il me parle, il est tout noir comme si on augmentait les contrastes à fond sur photoshop. À chaque fois qu’il prononce un mot je suis mort de rire, il nous conseille alors de sortir et d’aller marcher et expérimenter le monde à l’extérieur autour du village comme lui le faisait.

Il nous donne une bouteille d’eau en nous disant que l’eau maintient l’effet alors que l’alcool le supprime. Et nous voici Marion et moi, déambulant dans le village de Tuktuk, qui a maintenant pris les apparences d’un cartoon. Tout est coloré, éclairé et drôle. C’est surtout nos interactions qui sont drôles, je ne peux pas m’empêcher de rire à chaque fois que je la regarde ou qu’elle dit quelque chose.

Je suis dans un autre état d’être, je me sens rempli d’une énergie infinie, comme alimenté par une source intérieure, léger, bien dans mon corps et mes gestes sont d’une extrême précision. Tous mes sens sont multipliés par 10. Je touche toutes les matières que je croise, les murs en briques, les arbres, l’herbe… Je les ressens avec une multitude de détails.

Nous avons très rapidement besoin d’eau, nous avons soif, nous rentrons dans un bar, la musique semble résonner en moi, je la perçois également avec un maximum de détails. Je me concentre pour demander 2 bouteilles d’eau sans exploser de rire. Au moment de payer, je réalise que je n’ai plus de sentiment de « mon » ou « miens », les possessions matérielles, l’argent, mon passeport, toutes ces choses paraissent inutiles.

Lorsque je croise d’autres personnes, ils me paraissent « éteints », sans vie, comme des rochers et tellement sérieux. Je passe devant un cybercafé, je ne comprends pas pourquoi des gens sont assis devant des ordinateurs alors que la réalité est tellement plus puissante.

Nous croisons un groupe de personnes, j’essaie de leur parler, j’explique qu’on a prit des champis, mais je n’arrive pas à garder mon sérieux, ils nous disent alors le sourire aux lèvres et en s’éloignant : « You are tripping guys! » Alors que pour moi c’est clairement eux qui sont en train de vivre un trip. J’ai l’impression que les gens ne comprennent pas qu’ils sont en vie, ils paraissent tellement sérieux.

Toutes les 5 minutes, je dis à Marion de regarder les lumières, bien qu’artificielles car c’est la nuit, les lumières sont magnifiques. Je suis obsédé par la lumière, je vois les choses avec beaucoup de contraste, pour moi il y a la lumière et l’obscurité.

Les plantes me paraissent denses, consistantes et d’un vert profond. Chose étrange, tous les chiens nous aboient dessus, ils ressentent que nous sommes dans un état modifié de conscience, et ça ne leur plaît pas du tout. Je les vois comme des êtres maléfiques.

Il est 2 heure du matin, nous marchons depuis des heures avec toujours autant d’énergie et l’effet est toujours à son maximum. Nous décidons quand même de rentrer à la chambre. J’insère la clé dans la porte en ressentant tous les mécanismes de la serrure avec précision. J’essaye de lire un livre, mais ce qu’il contient est inintéressant, j’ai l’impression de déjà tout connaître et que le savoir est futile. Puis nous nous endormons.

Le lendemain matin nous nous réveillons frais comme des gardons, sans aucun effets indésirables. Nous nous rappelons de toute l’expérience en détails.

Le compte rendu de l’expérience

J’ai été plongé pendant plusieurs heures dans un état de conscience augmentée, caractérisé par la présence, la sensibilité, l’énergie, le bien-être, la joie, le rire, un sentiment d’unité, le non-mental…

Je vivais une réalité différente qui me paraissait plus réelle que la « réalité normal ». Cela veut dire que la réalité est quelque chose de subjectif et que l’expérience humaine est réductrice. Ce que les sagesses anciennes décrivent prend alors tout son sens, notre corps physique est une prison pour notre esprit.

En amplifiant nos sens, c’est toute notre réalité qui est amplifiée. Nous sommes des êtres sensitifs et sans nos sens nous n’existons pas. Essayez de vous remémorer une expérience vécue sans faire appel à vos sens. Chaque expérience que nous vivons est obligatoirement une expérience sensorielle.

On peut en déduire que plus un être est sensible, plus sa compréhension du réel est élevée. Un super être humain est donc un être super sensible. Je pense que les grands artistes et les génies sont des gens qui ont accès à une plus grande quantité d’informations concernant le réel. Ils ont donc une vision du monde plus profonde que la majorité des gens.

Certains prennent ces substances pour s’amuser, mais ils ne réalisent pas qu’ils passent à coté d’une expérience spirituelle hors du commun. Je ne vois pas les psychotropes comme une drogue mais plutôt comme une clé de connaissance disponible pour aider l’être humain à mieux comprendre le réel. Tout dépend de l’intention de l’utilisateur.

Il est intéressant de noter que les chiens deviennent agressifs face à un utilisateur et que l’alcool annule l’effet. L’alcool est donc un réducteur de conscience. Peut-on faire un rapprochement avec l’Islam qui interdit les chiens et la consommation d’alcool ? Pour certains chercheurs, comme Robert Wasson, les champignons hallucinogènes seraient à l’origine du phénomène religieux. Pour l’anthropologue John Allegro, Jesus lui-même serait la personnification d’un champignon. Les indiens du Mexique l’appellent la « chair des dieux » tout comme les grecs l’appelait « nourriture des dieux ».

Je pense que l’expérience dépend entièrement de la personne. Chacun la vit différemment en fonction de son état intérieur, de ses connaissances et de son niveau d’évolution personnelle. Marion a vécu une expérience totalement différente, en adéquation avec son monde intérieur, sa vision des choses, ses peurs, etc… C’est un voyage d’auto-exploration consciente où chacun est à même de comprendre et de trouver ses réponses.

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