La piste du Munda Biddi

23 jours sur la piste du Munda Biddi en Australie

Le « Munda Biddi » est la piste de VTT la plus longue du monde. Située en Australie occidentale, elle relie la ville de Perth à celle d’Albany sur un total de 1000 km hors route. Je l’ai parcourue en solo en 23 jours et il s’agit d’une de mes plus belles expériences.

Découverte de la piste

C’est dans la petite ville de Denmark que je découvre des marquages qui semblent jalonner un parcours. Je travaille alors comme jardinier pour une famille australienne, je les aide à mettre en place des cellules de permaculture autour de leur maison. Je demande à Jim, le père de famille, à quoi correspondent ces signes qui traversent la ville. Il m’explique qu’il s’agit du Munda Biddi, qui signifie « sentier à travers la forêt » dans le dialecte aborigène… Dès lors l’idée de le faire ne quitte plus mon esprit.

L’Australie est un des pays les plus cher du monde, mais il est possible de voyager en dépensant très peu d’argent. J’ai croisé un type qui a fait le tour sans dépenser un seul dollar, il se déplaçait en stop, dormait dans sa tente et faisait du « dumpster diving » qui consiste à ramasser les invendus des supermarchés. Voici un exemple, extrême certes mais qui montre que l’argent n’est pas une limite pour celui qui veut vraiment voyager.

Au niveau matériel, je n’ai pas dépensé un centime. Jim propose de me prêter un vélo, un peu vieux mais il fera l’affaire. Je vais ensuite dans un lieu de récup pour le bricoler afin de pouvoir fixer mon sac à dos dessus. Un cambodgien m’avait montré comment fixer des charges sur l’arrière d’un vélo avec des bambous. J’utilise ici deux planchettes de bois. Une autre personne à qui j’en parle me donne un casque dont le port obligatoire en Australie.

On me conseille d’acheter les cartes de la piste, il y en a 9 au total à 12$ la carte ! Graham, le manager de mon auberge en possède 8, je les lui emprunte et les photographie une par une minutieusement, pour pouvoir suivre le parcours sur mon ordinateur au cas où. Je trouverai la carte manquante dans un refuge le 5ème jour. Je confirme les cartes sont indispensables, je les ai souvent consultées, car sur les 1000 kilomètres, le marquage est parfois ambigu ou absent.

Graham me dit de ne pas y aller, que c’est l’été, qu’il fait trop chaud, et que les réservoirs d’eau de pluie associés aux refuges seront surement vides. Jim me dit que les « bush fires » sont le principal danger, en effet les forêts brûlent régulièrement dans la région. Avant la colonisation anglaise, les aborigènes géraient les forêts en mettant eux-même le feu de façon régulière et contrôlée, la forêt brûlait donc souvent mais superficiellement. Lorsque les colons sont arrivés, ils ont considéré que les aborigènes étaient stupides et les ont empêché de le faire. Ils se sont alors vite rendu compte que les aborigènes avaient raison car lorsqu’un feu se déclarait il devenait complètement incontrôlable et détruisait tout. Les colons se sont alors mis à faire comme les aborigènes, à gérer les forêts en les brûlant régulièrement…

23 jours sur la piste

Étant donné que je suis plus proche de la fin, je décide de faire la piste à l’envers, de partir d’Albany pour rejoindre Perth. Je me rends à Albany en stop avec mon vélo depuis Denmark. Je commence le parcours, je suis très chargé, je dois trouver mon équilibre, j’ai un petit moment de doute… À peine quelques kilomètres après le départ, alors que je suis dans une descente je roule sur un gros serpent qui traverse tranquillement la piste. Ça commence bien…

La piste comporte des refuges tous les 70 kilomètres environ, ils sont associés à 2 gros réservoirs d’eau de pluie, que l’on peut boire directement. J’ai eu de la chance (si la chance existe), il y avait de l’eau dans tous les réservoirs. Je possédais une tente et un hamac pour pouvoir dormir lorsque j’étais au milieu de nulle-part.

Dans chaque refuge, il y a un « log book », un livre où chaque personne doit s’identifier, il est rangé dans une grosse boîte en plastique transparent. J’adore ouvrir cette boîte, c’est la première chose que je fais à chaque fois que j’arrive dans un nouveau refuge. Elle contient des objets, messages et autres gadgets laissés par les cyclistes qui sont passés avant.

Nous sommes en plein été australien, il fait très chaud en journée et les nuits sont parfois glaciales ! Je me réveille à 4h30 du matin, je prends mon petit déjeuner dans le noir et démarre à la première lueur du jour. Je fais une pause en milieu de journée pendant 5 heures parfois tellement le soleil brûle, j’en profite pour faire une sieste dans mon hamac.

Mes étapes ont été en moyenne de 50 km par jour, en fonction de ma forme, du terrain, des refuges… Le plus important pour moi n’était pas d’arriver mais d’apprécier le cheminement. Certaines parties de la piste sont difficiles, en sable ou en « pea gravel », du gravier rond dans lequel on s’embourbe, le vélo devient alors incontrôlable.

Parfois la piste coupe une route ou passe par une petite ville où je peux m’approvisionner pour quelques jours. Les paysages sont très variés, chaque jour est différent, plus je me dirige vers le nord et plus c’est aride. Les forêts d’eucalyptus géants du sud sont pour moi la plus belle partie du sentier.

Le 6ème jour, toute une zone de forêt est en train de brûler. Je dois m’arrêter un jour car je m’aperçois qu’il s’agit exactement d’une parcelle traversée par le Munda Biddi. Les rangers ont fermé la piste. Je passe sous la barrière et roule sur de la cendre sur plusieurs kilomètres. C’est un paysage apocalyptique, tout est calciné, certains troncs sont encore en feu. Un petit avion survole la zone pour évaluer les dégâts, j’espère qu’il ne va pas me repérer…

La particularité de ce pays c’est qu’il est vide. Je suis SEUL au milieu de la nature sur des centaines de kilomètres. C’est très sauvage, il n’y a pas un jour qui passe sans que je croise des kangourous, des émeus et autres reptiles… Au final je n’aurais pas eu de problème mis à part un peu de casse matérielle, le système de vitesse et le pneu avant. Outre la performance sportive, je vois plutôt cette expérience comme une retraite dans la nature.

Plus d’infos sur le site officiel du Munda Biddi : https://www.mundabiddi.org.au

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